Les services bancaires postaux : notre seul espoir de freiner les cinq grandes banques

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Les banques ont contribué à faire grimper la dette des ménages à un niveau record. Tout ce qui manque à la mise sur pied d’une banque postale canadienne, c’est une volonté politique.

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Les services bancaires postaux : notre seul espoir de freiner les cinq grandes banques du Canada

Depuis cinq ans, presque tous les trimestres, les médias nationaux nous présentent une variation sur un même thème : les cinq grandes banques du Canada ont connu une autre période de bénéfices sans précédent.

Presque chaque fois, les reportages contiennent les mêmes éléments : des initiés prédisant que les beaux jours vont bientôt prendre fin; un examen superficiel des changements apportés dans le secteur bancaire qui pourraient faire tomber les bénéfices; un aperçu des forces et des frais qui ont contribué à la hausse des bénéfices.

Le 6 décembre 2016, Tim Kiladze commençait un article du Globe and Mail en déclarant que les grandes banques du Canada avaient [traduction] « défié les probabilités » et enregistré des bénéfices record. Cependant, il indiquait de ne pas s’en faire, parce que les probabilités leur seraient à nouveau défavorables et que 2017 risquait d’être une année difficile.

Les prédictions de Kiladze se sont révélées erronées. Par rapport au premier trimestre de 2016, le bénéfice net de la Banque royale avait augmenté de 24 % au premier trimestre de 2017, pour atteindre le chiffre indécent de 3,03 milliards de dollars. Celui de la Banque TD avait augmenté de 25 %.

Étonnamment, le Business News Network a exprimé l’opinion suivante au sujet du bénéfice de la Banque TD [traduction] : « Il ne convient pas d’employer le mot “perdant” pour un établissement comme la Banque TD, qui a rapporté d’importants dividendes à ses actionnaires au fil des ans. Toutefois, comparativement aux autres membres du groupe, elle a connu une faible performance au premier trimestre. »

Selon CBC News, cette hausse est le fruit des efforts énergiques que les banques ont déployés pour favoriser leur croissance.

Un reportage de Go Public, du réseau CBC, arrive à la même conclusion. Il révèle que les banques incitent les Canadiennes et Canadiens à investir dans des produits financiers dont ils n’ont pas besoin. Juste après ce reportage, le réseau CBC a reçu près de 2 000 courriels de personnes travaillant ou ayant travaillé dans des banques, qui confirmaient les pressions exercées pour que le personnel des banques propose des produits.

Des membres du personnel de chacune des cinq grandes banques du Canada ont admis avoir subi des pressions pour proposer des produits, ou même avoir été menacés d’être congédiés s’ils ne le faisaient pas. 

Le reportage confirmait ce que de nombreux Canadiens et Canadiennes savaient déjà : les bénéfices des banques sont alimentés par l’endettement de la population, par les taux d’intérêt et par des vendeuses et vendeurs insistants qui donnent l’impression d’agir pour le bien de la clientèle, alors que ce n’est pas le cas.

Les conséquences se font sentir. Non seulement des employés de banque disent au réseau CBC que de plus en plus de personnes quittent leur emploi parce qu’elles n’en peuvent plus d’inciter la clientèle à acheter des produits, mais aussi la dette des ménages a atteint un sommet sans précédent. Au premier trimestre de 2017, elle représentait 167,3 % de leur revenu.

Le 1er décembre 2016, CBC News signalait que la hausse des bénéfices des banques provenait en partie d’une plus grande présence sur le marché des prêts hypothécaires. Le 15 mars 2017, la Presse Canadienne révélait que plus de 65 % de l’endettement des Canadiennes et Canadiens était attribuable aux prêts hypothécaires.

Mais il ne faut pas s’en faire! Diana Petramala, économiste de la Banque TD, a déclaré à la Presse Canadienne que, malgré l’endettement record, [traduction]  « … la valeur nette des ménages a augmenté » grâce à la frénésie incontrôlée du marché immobilier dans plusieurs régions du Canada.

Ces reportages font penser aux rondes de négociations où l’employeur présente des propositions tellement éloignées des intérêts des travailleurs et travailleuses qu’on a l’impression qu’il vit sur une autre planète.   

Les cinq grandes banques du Canada font ce qu’elles veulent. Il existe des règlements pour mettre un frein aux tactiques de vente sous pression destinées à accroître leurs bénéfices, mais, de toute évidence, ils sont inefficaces.

La population a besoin d’une intervention sur le marché qui va renverser la tendance. Il faut refuser de se plier au jeu des banques. Bien que les coopératives de crédit constituent une solution que les syndicats et les militantes et militants devraient avoir déjà adoptée, la population a besoin d’une attaque plus directe contre la cupidité des banques.

Si Justin Trudeau et les libéraux veulent vraiment renverser la tendance, ils doivent favoriser la création d’une banque postale canadienne. Celle‑ci viendrait contrer les frais élevés imposés par les grandes banques, constituerait une solution peu coûteuse pour la population et fournirait des services partout où il y a des bureaux de poste. Elle pourrait aussi offrir des conditions plus avantageuses que celles des prêteurs sur salaire comme Money Mart et aider les Canadiennes et Canadiens qui envoient de l’argent aux membres de leur famille vivant à l’étranger.

Les avantages des services bancaires postaux sont tellement évidents que l’hésitation des libéraux à répondre à l’appel du STTP prouve qu’ils ne voient rien de mal aux pratiques d’octroi de prêts des banques canadiennes et aux frais qu’elles perçoivent.

La situation doit changer. Les Canadiennes et Canadiennes ne peuvent s’endetter éternellement. Il faut que les syndicats et les militantes et militants luttent pour faire de la banque postale une réalité avant qu’on atteigne le point de rupture. C’est là la seule façon de stopper la cupidité effrénée des cinq grandes banques.

 

Traduction du STTP
/fb scfp 1979

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