Les cinq priorités du NPD

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La lune de miel de la carrière d’un politicien n’est probablement pas un bon moment pour parler de ce qu’il nous reste à faire. Mais comme Jagmeet Singh, tout juste élu chef du NPD, a déjà rencontré le caucus des députés fédéraux, il n’y a pas de temps à perdre. Ce qu’il sait très bien. Il vient d’ailleurs tout juste de nommer Guy Caron pour assurer la permanence de la Chambre des communes jusqu’à ce qu’il y soit élu. 

La course à la chefferie fut sous de nombreux aspects une bouffée d’air frais progressiste. Ce fut une claire réaction aux années Mulcair et à quelques erreurs dans les politiques qui furent adoptées par le parti en 2015. Peut-être que les idées de Singh deviendront celles du parti, mais aucun homme ne peut prétendre être à lui seul l’entièreté de l’appareil d’un parti. La victoire de Singh démontre que ses promesses politiques ont obtenu un fort appui, mais il subira, tout comme les autres députés et les autres membres du parti, des pressions pour qu’il tende vers la droite et qu’il modifie ses promesses afin de correspondre à ce que la classe politique dominante considère comme acceptable.

La grande leçon que je retiens de cette course est que les membres du NPD veulent des politiques qui sont audacieusement à gauche. Dans la plupart des commentaires que j’ai pu voir sur internet, les gens exprimaient de différentes façons leur appui à Ashton et à Singh. Les deux candidats représentaient quelque chose de nouveau. À travers le monde, les partis traditionnels tombent en ruine : le NPD n’est pas immunisé contre cette possibilité. Les choix de politiques que le parti décidera de prioriser seront donc déterminants si nous souhaitons renverser les libéraux.

Voici selon moi les 5 politiques que le NPD doit sérieusement considérer d’ici 2019 afin de clairement se positionner à gauche.

Réconciliation

Les progressistes doivent être clairs sur les idéaux de “réconciliation” qui s’appliquent au gouvernement du Canada. Si nous ne le sommes pas, nous risquons d’utiliser des mots à la mode mais vides, sans avoir véritablement l’intention d’agir conformément à eux. Ceci est particulièrement important pour le NPD, qui est en campagne pour former le prochain gouvernement et donc aussi pour être le prochain représentant de la Couronne.

Charlie Angus et Niki Ashton avaient les idées les plus riches et les plus substantielles de ce que devrait être la réconciliation : celles-ci allaient du projet de complètement éliminer Affaires autochtones et du Nord Canada (AANC) à l’idée de faire le travail nécessaire pour construire des relations avec les communautés autochtones afin d’établir de véritables liens entre les deux nations. Le NPD a besoin de se faire une idée de ces questions et de ce qu’elles signifient pour l’avenir de la fédération canadienne. Singh a exprimé son appui à la fois pour une forte fédération, mais aussi pour le droit à l’autodétermination. Nous ne pouvons en rester là, puisque ces deux concepts sont en fait directement opposés.

Politique fiscale

De Netflix allant aux médecins incorporés, les questions de politique fiscale ont dominé les discussions portant sur les politiques publiques cet automne. Les Libéraux ont choisi de mettre fin à trois échappatoires fiscales qui seront cependant loin d’être suffisant pour empêcher l’accumulation de la richesse des Canadiens les plus riches. Les Conservateurs et leurs amis, comme la Fédération canadienne des payeurs de taxes et la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), se sont emparés de la question et se sont mobilisés efficacement. Au même moment, les Libéraux donnaient à Netflix un congé fiscal sur la TPS.

Pendant la course, Jagmeet Singh fit la promesse d’implanter de nouvelles mesures fiscales qui devront être intégrées aux propositions politiques du parti. Mais il va sans dire qu’il y a plusieurs confusions qui persistent chez certains députés du NPD : trois députés de la région de Windsor ont en effet repris les principaux éléments de discussion des Conservateurs et ont demandé à Bill Morneau de renverser sa décision.

Le NPD doit se tourner vers les organisations qui font de la recherche fiscale (comme l’IRIS), utiliser leurs recherches, développer de meilleurs arguments et mobiliser ses membres pour être capable de résister aux attaques menées par les Conservateurs. Si les progressistes cèdent du terrain à la rhétorique anti-fiscale et refusent de faire le pénible travail d’explication et de défense des réformes fiscales, il n’y aura pas assez d’argent pour réaliser le projet politique du NPD. Et dans la Chambre des communes, Guy Caron doit présenter d’excellents arguments qui exposent clairement la façon dont les Libéraux sont actuellement en train d’aider leurs amis corporatifs.

Nationalisation

Niki Ashton a beaucoup parlé de nationalisation pendant sa campagne. Elle a souvent été critiquée pour ne pas avoir donné suffisamment de détails sur comment elle prévoyait réaliser cette nationalisation. Jagmeet Singh compte parmi ses succès la promesse venant du Nouveau parti démocratique de l’Ontario datant de 2014 de réduire les taux d’assurances automobile privées, une promesse qui avait cependant pour effet de favoriser la collaboration avec les assureurs privés au lieu de faire le travail nécessaire pour qu’une assurance automobile publique soit réellement possible en Ontario. Ces deux scénarios indiquent qu’il est nécessaire pour le NPD de prendre au sérieux les enjeux liés à la nationalisation.

La nationalisation doit faire partie des discussions portant sur les politiques publiques nationales. Lorsqu’elle a parlé de la nationalisation, Ashton donnait la plupart du temps deux exemples : le port de Churchill et une banque postale publique et nationale. Singh a condamné de façon répétée l’idée des Libéraux d’implanter une banque d’infrastructure, en indiquant notamment comment une telle banque ouvrirait très certainement la porte à la privatisation des infrastructures.

La garde rapprochée au sein du NPD doit prioriser la nationalisation : nous avons besoin de recherches et d’exemples pour montrer ce que le NPD veut dire lorsqu’il est question de nationalisation ou de défendre les services publics. Et nous devons même aller plus loin : nous avons besoin d’analyses des couts-bénéfices d’une industrie aérienne nationalisée, de nouvelles infrastructures ferroviaires et d’autres projets d’envergures qui peuvent être plus efficaces s’ils sont administrés par le secteur public. Cette recherche doit atteindre le cœur des enjeux liés à la nationalisation de certains secteurs de l’économie. Les membres du NPD doivent devenir des défenseurs de la nationalisation, doivent être en mesure de présenter les meilleurs arguments sur cette question, et doivent forcer les autres partis à discuter des avantages de telles nationalisations.

Politique étrangère

Malheureusement, les enjeux liés à la politique étrangère ont été très peu abordés lors de la course à la chefferie du NPD. Je ne saurais même pas dire avec certitude quelle serait la position du NPD s’il devait y avoir une proposition suggérant de faire un pacte militaire avec les États-Unis.

Le NPD ne fait pas cavalier seul sur ce point. La course à la chefferie des Conservateurs ne leur a pas non plus permis de développer une position conservatrice très sophistiquée sur cette question : ils en sont restés à l’idée de “protéger la liberté”. Ce manque de discussions est directement lié au fait que nous sommes dans une période creuse des activités des groupes qui s’opposent à la guerre ou à l’impérialisme.

Il est possible que le monde soit au plus près d’une guerre nucléaire qu’il ne l’ait été depuis deux générations. Le NPD doit exprimer sans ambages des positions progressistes sur les enjeux de politique étrangère, les défendre et faire des pressions auprès des Libéraux pour savoir comment ils comptent répondre au comportement erratique et possiblement apocalyptique de Donal Trump.

Démocratie au sein du parti

Charlie Angus a affirmé que l’une des raisons pour lesquelles le NPD a perdu en 2015 est que la campagne était trop centralisée. Plusieurs personnes y ont vu une critique adressée aux organisateurs de la campagne de Singh. Angus a raison, du moins à partir de la perspective qui est la mienne au Québec. La campagne n’avait ici aucun contrôle local ni aucune idée locale, ce qui est fondamental pour comprendre l’échec qu’elle a connu, du moins au Québec.

La victoire et le détrônement de Mulcair ont exposé un parti profondément divisé, et cette division est en partie liée au degré de robustesse de la démocratie interne du parti. Encourager les débats et créer des espaces pour que les députés puissent expressément dire leurs désaccords par rapport à la ligne politique du parti est essentiel, ou du moins si le NPD souhaite faire de la politique autrement. Singh a fait campagne en faisant les choses autrement, atteignant de nouveaux membres et électeurs qui ne votent habituellement pas pour le NPD. C’est le moment idéal pour changer la façon dont la démocratie interne du parti encourage la participation de ses nouveaux membres.

Traduction faite par Marie-Hélène Desmeules

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